A la découverte du monde merveilleux de la BD finlandaise

Je n’ai jamais été une grande fan de bande dessinée. Les seules bédés que je connaisse sont les classiques francophones : Tintin, Lucky Luke, Astérix et Obélix. Je me souviens encore de ma prof de Français, déclarant qu’il fallait que nous lisions de « vrais » livres, ce qui excluait d’office la bande dessinée, qu’elle considérait comme des livres pour enfants. Si vous ajoutez à cela, la frustration engendrée par mon incapacité à dessiner quoique que ce soit, même une simple fleur, vous obtenez tous les éléments expliquant pourquoi la bande dessinée n’a jamais été mon dada. Ça me paraissait inaccessible en quelque sorte.

Il m’aura donc fallu 25 années (mon âge officiel) et la volonté d’apprendre le Finnois pour redécouvrir le plaisir de lire des bédés.

En effet, mon stage au Centre de la BD finlandaise me fait vivre des aventures formidables dans ce monde merveilleux ! Et si je devais le résumer en trois mots, je dirais qu’il est étrange, profond et féminin.

sophie bourguignon la bande dessinee finlandaise

Photo: Sakari Sivonen

Étrange, vous avez dit étrange ?

Les finlandais sont dotés d’une imagination fertile (c’est à eux que l’on doit notamment les sports particuliers tels que le porter de femme, le lancer de téléphone portable ou encore le concours d’écrasé de moustiques). Et bien évidemment les auteurs de BD ne font pas exception. Pourquoi d’ailleurs devraient-ils s’en priver puisque de toute façon la BD ne peut être une activité lucrative ? Autant faire ce qu’ils ont envie, et croyez-moi, ils ne s’en privent pas !

Voyagez donc dans les méandres philosophiques de Tommi Musturi. Son monde peut sembler enfantin, mais c’est en fait un monde bien plus complexe.

Perdez-vous dans les œuvres de Matti Hagelberg où règne une atmosphère industrielle, parfois moyen-âgeuse, en tout cas étrange.

C’est cette touche de bizarrerie dans un univers qui ressemble fort à notre vie de tous les jours qui rend la BD finlandaise absurde et donc hilarante.

Tout en profondeur…

La BD finlandaise ne se laisse pas disséquer facilement : elle demande du temps, de la patience et… beaucoup d’imagination pour suivre les auteurs au gré de leurs digressions artistiques.

En effet, je me suis remise à la BD dans ma quête du « parlez Finnois en 5 leçons », pensant que comme le texte est court, ça serait plus facile. En fait pas du tout ! Les auteurs font de nombreux clins d’œil à côté desquels je passe complètement, ne parlant pas Finnois. Prenons l’exemple de Fingerpori. Bande dessinée publiée chaque jour dans le grand quotidien national. 3-4 cases à lire, des dessins simples et efficaces. Ça va m’aider pour mon Finnois ça. Sauf que Pertti Jarla, l’auteur, joue avec les mots. Donc si on ne les connaît pas, on ne risque pas de comprendre grand-chose. (À mon grand espoir, j’arrive à déchiffrer ses bulles une fois sur dix, pas mal non ?)

Autre exemple, plus extrême cette fois : Sur les Pas de Samuel de Tommi Musturi. Cet ouvrage ne contient aucun texte, aucune bulle.  Que de la couleur, et de la belle couleur, vive, comme on l’aime. Enfantin donc.

Et bien non.

J’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour entrevoir un début de compréhension et aller là où l’auteur voulait m’emmener.

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Tommi Musturi

« Femme femme femme »

Elles ont fortement contribué à l’évolution du neuvième art finlandais. En effet, les femmes ont été les premières à tester des techniques graphiques non conventionnelles, telles que la bande dessinée sur tricot (comme le fait  par exemple), de nouveaux supports comme l’Internet, ou nouveaux genres comme la BD autobiographique. Après les avoir dûment critiquées, leurs pairs masculins les ont finalement rejointes.

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Hanneriina Moisseinen

Leurs thèmes de prédilection : la vie de femme, leur rôle au sein du couple, les rapports intergénérationnels, mais aussi l’amour, la maladie, la vieillesse.

En s’appuyant sur certains clichés pour finalement s’en émanciper, les artistes féminines rendent le tout assez percutant. Dans On ne naît pas femme parfaite, Kati Rapia met en scène une jeune femme qui veut prouver à son ami qu’elle a changé et tente tant bien que mal de se défaire de sa mauvaise habitude de toujours râler. L’originalité vient de la mise en scène de la jeune femme : elle est représentée comme une femme d’intérieur astiquant les moindres recoins de sa maison (métaphore de son état de femme et qui s’appuie sur le cliché de la femme au foyer), à l’affût de la dernière mauvaise réflexion. Mais chassez le naturel, il revient au galop : elle a oublié d’aspirer le « Quoi, pas de fleurs ?! ».

Même si ces sujets ne sont pas nécessairement gais, par leur finesse et leur créativité, elles ne tombent jamais dans le mélodrame, même lorsqu’elles parlent de sujets qui les touchent personnellement, comme le fait si bien Kaisa Leka dans I am not these feet – Journal intime de Kaisa. Dans cet album, elle parle de son amputation des deux pieds, mais sans dramatiser et avec humour.

Pour résumer, lisez la BD finlandaise parce qu’elle apporte une véritable bouffée d’air venu du froid ! 

Je m’appelle Sophie, je suis française. J’adore la Finlande et vous recommande la BD finlandaise !

Sophie Bourguignon

 

Aino Sutinen

Aino Sutinen is a comics artist and Press Officer at the Finnish Comics Society.
fili suomen sarjakuvaseura © Finnish Comics Society 2015