La bande dessinée finlandaise à Bruxelles à partir du 19 Novembre !

MOOF – Museum of Original Figurines et la Société de la Bande Dessinée Finlandaise vous convient cordialement à l’ouverture officielle de l’exposition « La Bande Dessinée Finlandaise 2013 » qui aura lieu à :

MOOF-Museum of Original Figurines, 116 rue Marché-aux-Herbes, Bruxelles

le 19 Novembre 2013, de 18h30 à 21h30. 

À cette occasion, l‘artiste finlandaise Amanda Vähämäki présentera quelques originaux.

La BD finlandaise à Bruxelles

Cet événement célèbre également la publication du numéro dédié à la Finlande du magazine sur la bande dessinée et la culture Zone5300. Édité par l’artiste Marcel Rujters, ce numéro met la lumière sur les précurseurs de la bande dessinée finlandaise.

Encore une fois, bienvenue à ce cocktail d’ouverture où nous sommes impatients de vous rencontrer !

FILI

 L’exposition et le cocktail bénéficient du soutien de FILI, le Finnish Literature Exchange, ainsi que de l’Ambassade de Finlande en Belgique. Zone 5300 a également reçu le soutien de FILI, de l’Institut Culturel Finlandais pour le Benelux ainsi que de dKC Rotterdam.

 

Si vous voulez en savoir plus sur le neuvième art venu du Nord, rendez-vous sur notre blog (en Français).

Et bien sûr, vous pouvez nous suivre sur notre page Facebook!

A la découverte du monde merveilleux de la BD finlandaise

Je n’ai jamais été une grande fan de bande dessinée. Les seules bédés que je connaisse sont les classiques francophones : Tintin, Lucky Luke, Astérix et Obélix. Je me souviens encore de ma prof de Français, déclarant qu’il fallait que nous lisions de « vrais » livres, ce qui excluait d’office la bande dessinée, qu’elle considérait comme des livres pour enfants. Si vous ajoutez à cela, la frustration engendrée par mon incapacité à dessiner quoique que ce soit, même une simple fleur, vous obtenez tous les éléments expliquant pourquoi la bande dessinée n’a jamais été mon dada. Ça me paraissait inaccessible en quelque sorte.

Il m’aura donc fallu 25 années (mon âge officiel) et la volonté d’apprendre le Finnois pour redécouvrir le plaisir de lire des bédés.

En effet, mon stage au Centre de la BD finlandaise me fait vivre des aventures formidables dans ce monde merveilleux ! Et si je devais le résumer en trois mots, je dirais qu’il est étrange, profond et féminin.

sophie bourguignon la bande dessinee finlandaise

Photo: Sakari Sivonen

Étrange, vous avez dit étrange ?

Les finlandais sont dotés d’une imagination fertile (c’est à eux que l’on doit notamment les sports particuliers tels que le porter de femme, le lancer de téléphone portable ou encore le concours d’écrasé de moustiques). Et bien évidemment les auteurs de BD ne font pas exception. Pourquoi d’ailleurs devraient-ils s’en priver puisque de toute façon la BD ne peut être une activité lucrative ? Autant faire ce qu’ils ont envie, et croyez-moi, ils ne s’en privent pas !

Voyagez donc dans les méandres philosophiques de Tommi Musturi. Son monde peut sembler enfantin, mais c’est en fait un monde bien plus complexe.

Perdez-vous dans les œuvres de Matti Hagelberg où règne une atmosphère industrielle, parfois moyen-âgeuse, en tout cas étrange.

C’est cette touche de bizarrerie dans un univers qui ressemble fort à notre vie de tous les jours qui rend la BD finlandaise absurde et donc hilarante.

Tout en profondeur…

La BD finlandaise ne se laisse pas disséquer facilement : elle demande du temps, de la patience et… beaucoup d’imagination pour suivre les auteurs au gré de leurs digressions artistiques.

En effet, je me suis remise à la BD dans ma quête du « parlez Finnois en 5 leçons », pensant que comme le texte est court, ça serait plus facile. En fait pas du tout ! Les auteurs font de nombreux clins d’œil à côté desquels je passe complètement, ne parlant pas Finnois. Prenons l’exemple de Fingerpori. Bande dessinée publiée chaque jour dans le grand quotidien national. 3-4 cases à lire, des dessins simples et efficaces. Ça va m’aider pour mon Finnois ça. Sauf que Pertti Jarla, l’auteur, joue avec les mots. Donc si on ne les connaît pas, on ne risque pas de comprendre grand-chose. (À mon grand espoir, j’arrive à déchiffrer ses bulles une fois sur dix, pas mal non ?)

Autre exemple, plus extrême cette fois : Sur les Pas de Samuel de Tommi Musturi. Cet ouvrage ne contient aucun texte, aucune bulle.  Que de la couleur, et de la belle couleur, vive, comme on l’aime. Enfantin donc.

Et bien non.

J’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour entrevoir un début de compréhension et aller là où l’auteur voulait m’emmener.

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Tommi Musturi

« Femme femme femme »

Elles ont fortement contribué à l’évolution du neuvième art finlandais. En effet, les femmes ont été les premières à tester des techniques graphiques non conventionnelles, telles que la bande dessinée sur tricot (comme le fait  par exemple), de nouveaux supports comme l’Internet, ou nouveaux genres comme la BD autobiographique. Après les avoir dûment critiquées, leurs pairs masculins les ont finalement rejointes.

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Hanneriina Moisseinen

Leurs thèmes de prédilection : la vie de femme, leur rôle au sein du couple, les rapports intergénérationnels, mais aussi l’amour, la maladie, la vieillesse.

En s’appuyant sur certains clichés pour finalement s’en émanciper, les artistes féminines rendent le tout assez percutant. Dans On ne naît pas femme parfaite, Kati Rapia met en scène une jeune femme qui veut prouver à son ami qu’elle a changé et tente tant bien que mal de se défaire de sa mauvaise habitude de toujours râler. L’originalité vient de la mise en scène de la jeune femme : elle est représentée comme une femme d’intérieur astiquant les moindres recoins de sa maison (métaphore de son état de femme et qui s’appuie sur le cliché de la femme au foyer), à l’affût de la dernière mauvaise réflexion. Mais chassez le naturel, il revient au galop : elle a oublié d’aspirer le « Quoi, pas de fleurs ?! ».

Même si ces sujets ne sont pas nécessairement gais, par leur finesse et leur créativité, elles ne tombent jamais dans le mélodrame, même lorsqu’elles parlent de sujets qui les touchent personnellement, comme le fait si bien Kaisa Leka dans I am not these feet – Journal intime de Kaisa. Dans cet album, elle parle de son amputation des deux pieds, mais sans dramatiser et avec humour.

Pour résumer, lisez la BD finlandaise parce qu’elle apporte une véritable bouffée d’air venu du froid ! 

Je m’appelle Sophie, je suis française. J’adore la Finlande et vous recommande la BD finlandaise !

Sophie Bourguignon

 

Le festival de la bande dessinée d’Helsinki vu de l’intérieur

Le 28ème festival de la bande dessinée d’Helsinki s’est terminé en beauté. Tous les sacs à dos égarés ainsi que les besaces débordantes de vêtements en tout genre ont été dûment rendus à leurs propriétaires et le reste des offrandes faites aux bénévoles ont été mangés. La crise existentielle post-festival du genre « Que vais-je faire de ma vie après ça ? » ayant été résolue, la vie peut donc reprendre son cours au Centre de la Bande Dessinée.

Small Press Heaven.

Small Press Heaven

Cette année, le Festival s’est superbement déroulé, tant au niveau de l’organisation que de la fréquentation. 28 000 visiteurs en trois jours, c’est le nouveau record établi par le festival ! Organisé durant le premier weekend de Septembre, l’événement a attiré des fans purs et durs de la BD mais aussi des badauds. Tout ce petit monde s’est retrouvé au sein de la tente principale située à Lasipalatsi et ses environs, à Sanomatalo et Annantalo, ainsi qu’à d’autres endroits du centre-ville. Le public a répondu présent pour écouter les nombreux invités étrangers et finlandais, pendant que d’autres visiteurs ont saisi cette occasion pour parcourir les bandes dessinées mises en vente dans les différentes tentes. Cette année, les invités d’honneur étaient Patrick McDonnell des Etats-Unis, David B. venu de France, l’autrichienne Ulli Lust ainsi que le dessinateur italien de Tex Willer Fabio Civitelli.

Ulli Lust Helsinki Comics Festival

Ulli Lust

David B

David B

Les thèmes de ce 28ème festival étaient la BD pour enfants et celle d’Amérique du Nord. Les ateliers pour enfants ont eu lieu le vendredi à Lasipalatsi et le samedi à Annantalo. Les participants avaient l’air très content d’y avoir participé, et du coup, cela nous a mis le sourire. Nous nous sommes également régalés les yeux à voir les trottoirs se transformer en une gigantesque fresque !

Helsinki comics festival info tent laura antola

Vendredi matin, de bonne heure, alors que je supervisais l’arrivée des exposants dans la tente principale, un père et son fils se sont approchés de moi pour demander une information. Ils avaient voyagé depuis Oulu, ville située à plus de 500 kilomètres d’Helsinki, pour participer à l’atelier animé par Kari Korhonen, le dessinateur de Disney le plus brillant de Finlande.

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Le public n’était pas le seul à s’enthousiasmer. Nous aussi nous trépignions d’impatience de rencontrer les invités ! L’un voulait absolument écouter Patrick McDonnell, l’autre attendait de pied ferme que les portes du Small Press Heaven s’ouvrent pour s’y engouffrer et mettre la main sur des bandes dessinées présentées par leurs auteurs. J’ai d’ailleurs moi aussi fait la queue pendant une demi-heure pour obtenir ma copie de la nouvelle BD de J.-P. Ahonen signée de l’artiste lui-même. Au festival, chacun pouvait y trouver quelque chose à voir, à lire, à écouter et à faire tant la programmation y était variée.

La bande dessinée contemporaine canadienne a mis à l’honneur le neuvième art d’Amérique du Nord. Le but était de montrer que la BD nord-américaine ne se cantonne pas aux super-héros que l’on connaît tous et de rappeler qu’elle a aussi lancé les genres nouveaux, que ce soit les œuvres underground, autobiographiques ou encore les webcomics. Il était donc tout naturel que nos invités les représentent.

Julie Delporte et Michael DeForge Helsinki Comics Festival

Julie Delporte et Michael DeForge

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patrick McDonnell signeeraa helsinki comics festival

Patrick McDonnell

Pour le bénévole, un événement tel que ce festival est ressenti un peu différemment que pour le public qui, lui, est là pour s’amuser. Par exemple, durant la semaine précédant le festival à de nombreuses occasions, j’ai émis mes doutes quant à l’existence de la tente principale. Comment un tas de métal, de bâches et de morceaux de bois peut être transformé en une gigantesque tente en seulement une journée ? Est-ce que tous les exposants vont pouvoir rentrer? En dépit de mes interrogations, la tente principale et celle de Small Press Heaven ont été assemblées sans problème par nos supers bénévoles et nous étions dans les temps pour l’ouverture au public vendredi matin.

A vous tous, bénévoles, invités, public et bien sûr comité d’organisation, un grand merci d’avoir rendu ce 28ème Festival de la Bande Dessinée d’Helsinki possible !

Texte de Laura Antola, traduit par Sophie Bourguignon
Photos: Henry Söderlund & Jussi Pakkanen

Plus de photos du festival par ici!

La prochaine édition du festival se déroulera du 5 au 7 septembre 2014 et aura pour thèmes la BD LGBT et allemande.

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La Bande dessinée finlandaise 2013: les femmes sont dans la place!

Entretien avec Johanna «Roju» Rojola qui a dirigé avec Kalle Hakkola La Bande dessinée finlandaise 2013.

Ce volume, publié directement et intégralement en français, est le troisième de la série Finnish Comics Annual. Pour ses directeurs, c’est programme libre… ou presque, puisque cette année les choix éditoriaux ont été faits en bonne intelligence avec la maison coéditrice, Rackham. Un annuel, donc, mais pas une rétrospective de l’année: chaque opus s’organise autour d’une thématique qui donne leur cohérence aux œuvres rassemblées.

Pour La Bande dessinée finlandaise 2013, ce sont les femmes qui se sont imposées. L’idée de départ, indique Johanna Rojola, c’était de voir quelle a été leur influence sur le champ de la bande dessinée en Finlande. La liste des candidates à la publication étant fort longue, la gageure était de créer un ensemble homogène : les auteures n’avaient pas nécessairement d’autre point commun que d’être des femmes ; et les quelques hommes inclus au début n’ont, pour finir, pas été retenus.

L’anthologie nous fait rencontrer différentes générations. Les pionnières, qui ont défriché le terrain en solo, à l’image de Riitta Uusitalo, à une époque où la bande dessinée était un territoire entièrement masculin. Et les plus jeunes, pour qui la situation est bien différente. Peu d’auteures de la première vague ont eu accès aux bandes dessinées dans leur enfance, mais un bon nombre de leurs cadettes sont tombées dans la culture BD quand elles étaient petites.

Riitta Uusitalo, Tiina Pystynen et Johanna Rojola lors de la soirée de lancement de l’anthologie dans les locaux de la SKS à Helsinki.

Riitta Uusitalo, Tiina Pystynen et Johanna Rojola lors de la soirée de lancement de l’anthologie dans les locaux de la SKS à Helsinki.

 

L’ouvrage fait alterner récits tragiques et comiques, histoires brèves et longues. Pour Johanna Rojola, une anthologie, vu son ampleur, doit donner du texte à se mettre sous la dent. Seule exception, les histoires sans paroles de Maria Björklund qui permettent de faire une pause dans la lecture. Le livre s’offre aussi quelques escapades du côté de l’art contemporain, où les auteures sont nombreuses à s’illustrer.

Johanna Rojola est la fondatrice des Naarassarjat (BD femelles), revue parue dans les années 1990, dont elle a été aussi la rédactrice en chef. Son projet initial, qui visait un seul numéro, a tout de suite pris une autre dimension, tant il a suscité d’écho chez les dessinatrices. En quantité et en qualité, les travaux proposés ont dépassé de loin les attentes. Cette vitalité, La Bande dessinée finlandaise 2013 en témoigne : une bonne part des auteures présentes ont fait leurs armes dans les Naarassarjat. Johanna Rojola observe que le paysage de l’époque n’avait pas grand-chose à voir avec aujourd’hui. Et les « bleues » étaient souvent prises pour cibles dans les pages de Sarjainfo, le magazine de la Finnish Comics Society, qui n’hésitait pas à tirer, parfois à boulets rouges, sur leur technique ou les thèmes qu’elles traitaient.

Aux yeux des critiques, la vie quotidienne et les questions de genre étaient des sujets sans aucun intérêt, alors que les aventures de types qui volent en collants… Ces grincheux n’avaient peut-être pas saisi qu’ils ne faisaient pas partie du public visé. Leur jugement est contrebalancé par le fait que les Naarassarjat ont reçu de très bons échos des lecteurs. Les auteures ont apporté des thématiques nouvelles à la bande dessinée finlandaise. Reste à voir ce qui n’a pas encore été abordé : le champ est toujours très limité, comparé à la littérature par exemple, constate Johanna Rojola.

Terhi Ekebom

Terhi Ekebom

Après deux volumes en anglais, le choix s’est porté pour l’édition 2013 sur le français. Johanna Rojola a suivi une formation de bande dessinée en France, où elle a beaucoup séjourné. Elle se dit surprise du nombre d’albums finlandais qui y sont publiés. Les traductions concernent pourtant en quasi-totalité des travaux réalisés par des hommes. L’anthologie entend donc faire découvrir au public français des auteures qu’il ne connaissait pas.

La culture BD française domine au niveau international. La conception de la bande dessinée y est bien plus large qu’en Finlande et le marché français occupe la seconde place mondiale, derrière le Japon. Mais les bandes dessinées créées par des femmes brillent par leur rareté. Johanna Rojola souligne qu’à l’époque où elle faisait ses études en France, la division sexuelle du travail et les attitudes genrées prévalaient fortement : le peu de femmes qu’il y avait se voyait consigné aux bandes dessinées pour enfant.

La situation a évolué ces dernières années, mais Johanna Rojola rappelle le cas de Marjane Satrapi et Persépolis, dont on a éreinté le dessin. La conclusion est claire : être une femme expose à davantage de critiques. Dans ce secteur largement masculin, les hommes publient des bandes dessinées faites par des hommes pour des hommes. Le Japon, où les productions s’adaptent à différents publics, offre un contre-exemple, mais il n’en va pas de même sur les autres grands marchés. La Bande dessinée finlandaise 2013 a pour ambition de faire changer tout ça : qu’on se le dise, les femmes sont dans la place !

 

Entretien: Anssi Ylirönni
Traduction: Claire Saint-Germain
Photo: Aino Sutinen
Vidéo: Eetu Maaranen

fili suomen sarjakuvaseura © Finnish Comics Society 2015